Retour accueil

Vous êtes actuellement : METIER  / Ecole  / Pédagogie 


GFEN, Groupe français d’éducation nouvelle : TOUS capables !

samedi 9 juillet 2016

Entretien avec Colette CHARLET, militante GFEN, enseignante spécialisée à la retraite.

Catherine Clémencet pour le SNUipp-FSU74 : Colette peux-tu nous faire un rappel historique du GFEN ?

Colette Charlet, militante GFEN, enseignante spécialisée à la retraite : Le GFEN est né de la Ligue Internationale de l’Éducation Nouvelle, en 1921 à la suite de la première guerre mondiale. En effet, après la grande boucherie, de nombreux citoyens qui prirent part aux combats s’interrogèrent sur ce qui vint d’avoir lieu. Ils pensaient que la reconstruction du pays passait par l’éducation nouvelle et s’inscrivait dans le champ d’une culture de paix, par des pratiques de coopération, pour offrir des perspectives aux générations futures. Parmi eux, Célestin Freinet notamment…

A travers différents pays du monde, la ligue internationale d’éducation nouvelle se nourrit des recherches de précurseurs qui marquèrent l’histoire de l’éducation (Rousseau, Peztallozzi, Jacotot, Montessori, Decroly, Makarenko, Korczak, Dewey, Bakulé, Freinet, Piaget, Freire…). Des conférences internationales étaient suivies par de nombreuses personnes des différentes sections nationales, ce qui est assez remarquable pour l’époque de l’entre-deux guerres. La revue « Pour l’ère nouvelle » fut créée et était un outil précieux d’échanges de pratiques. Elle se déclinait en plusieurs langues.

Toutefois, des dissensions sont apparues dans les années 30. Célestin Freinet pensait que les hommes politiques, les chercheurs étaient coupés des problèmes de terrain et des besoins des classes populaires. Il crée alors son propre mouvement et ses propres publications. Les deux courants restant tout de même proches et liés. Au sortir de la seconde guerre mondiale Henri Wallon et Paul Langevin construisirent un Plan de reconstruction de l’éducation de notre pays qui portera leur nom. Ils furent alors présidents du GFEN ; puis, succédèrent Gaston Mialaret (créateur des Sciences de l’éducation dans notre pays), Robert Gloton, Henri Bassis, Odette Bassis et actuellement Jacques Bernardin.

De 1962 à 1971, une expérience va marquer l’histoire du GFEN. Robert Gloton, IEN et membre actif du GFEN, va mettre en place le Groupe Expérimental dans le 20ième Arrondissement de Paris, par une pédagogie basée sur les grands principes du GFEN permettant de développer les potentialités des enfants, de réfléchir au métier d’enseignant, de laisser une place aux familles de milieux populaires. (http://www.gfen.asso.fr/fr/le_groupe_du_xxeme). Ce fut une extraordinaire expérience humaine et pédagogique, qui porta rapidement ses fruits. Le nombre d’enfants entrant en 6ième, puis en 3ième, fut plus important, les réussites au brevet plus nombreuses. Normalienne à l’époque, à l’école normale de Paris, j’ai eu la chance d’effectuer un stage dans une école de ce secteur de Paris. Ce fut pour moi une révélation, ce qui donna à ma carrière une orientation différente, et m’a permis de militer et de savoir toujours apprendre au contact des élèves que j’ai côtoyés, y compris les plus défavorisés comme les enfants des bidonvilles de Nanterre, conséquences de la guerre d’Algérie.

Catherine : en quelques mots, quels sont les grands principes du GFEN ?

Colette : Les grands principes mis en place pour les enfants, s’appliquent également au travail des adultes. S’enrichir les uns les autres, échanger, avoir accès à la connaissance, apprendre des autres, ne pas penser qu’une seule personne détient le savoir sont autant de valeurs du GFEN. Cela passe par des pratiques innovantes mettant en avant l’écriture, la création, la coopération.

Catherine : après l’expérience probante du 20ième arrondissement que s’est-il passé ?

Colette : L’expérimentation a été arrêtée. Une autre expérience à l’échelle d’un pays a été menée au Tchad par Henri et Odette Bassis de 1971 à 1975. Ils sont tous deux partis dans ce pays, pour développer un projet de formation/transformation des pratiques d’enseignement. Ce fut une rupture fondamentale pour en dégager la notion de démarche d’auto-socio-construction du savoir. Les politiques en comprirent les enjeux en les renvoyant en France, car « ils leur apprenaient à penser ». De retour en France, porteurs de cette expérience, ils insufflent un souffle au GFEN qui connait alors un essor important. Les publications se multiplient. Nos orientations dérangent le pouvoir politique, certains collègues sont alors déplacés. En 1981 est créée la 1ère Université d’été du GFEN.

Dans d’autres pays, en Amérique latine, comme au Chili, en Argentine, à la période des dictatures, des enseignant(e)s ont même été pourchassé(e)s parce qu’ayant développé des pratiques et projets d’éducation nouvelle.

Catherine  : Aujourd’hui, quel est le travail du GFEN ?

Colette : Le GFEN ne cesse de combattre l’idéologie des dons et les fatalités. _ Nous développons des stages régionaux, nationaux, internationaux avec le Lien International de l’Éducation Nouvelle (créé en 2001), des publications. Nous ne cessons d’interroger le rapport social au savoir dans les apprentissages et la création, la notion d’aide, au sein de différents secteurs : Langues, Maternelle, Écriture et Poésie, Arts Plastiques…

Catherine : Quel constat aujourd’hui par rapport à l’histoire du GFEN et au positionnement du gouvernement en matière d’éducation ?

Colette : Le GFEN a connu une période faste au début des années 80, mais cela n’a pas duré…. Nous avons le sentiment d’être récupérés. Le « tous capables », la notion de réussite… sont autant de notions issues de notre mouvement qui ont été reprises par les gouvernements successifs dits de gauche, sans que les mêmes concepts soient mis derrière. Pour être au service des politiques libérales, ceux-ci sont vraiment détournés : derrière ceux de compétence, par exemple, il faut lire compétition, derrière mutualisation suppression de moyens…

Ce qui est dramatique aussi, c’est le manque de perspectives qui brise les enseignants. Le gouvernement a instauré un esprit de fatalité, un pessimisme. Les enseignants pensent qu’ils n’ont plus d’impact social… Je voudrais citer une idée venue de mes ami(e)s enseignant(e)s d’Argentine… « Ne pas former un esprit aveugle mental, obéissant, mais développer une pensée libre, maintenir l’esprit libre démocratique de l’éducation ».

Catherine : Quels conseils donner alors aux enseignants ?

Colette : Surtout ne pas rester seul, se rapprocher d’un groupe, que ce soit le GFEN ou un autre. Encore une fois, c’est la même chose pour les adultes comme pour les enfants. Travailler en équipe est enrichissant, nous avons également besoin de nous sentir reconnu, écouté, ne pas être dénigré.

La pédagogie institutionnelle est un outil pour résoudre les conflits. Korczak, un des inspirateurs de cette pédagogie, qu’il voulait sociale ; avait compris très tôt qu’un conflit cachait des choses parfois douloureuses. Les punitions ne servaient à rien. Analyser pour comprendre les réactions violentes des élèves permet de créer des ouvertures pour surmonter les difficultés et au moyen d’institutions démocratiques au sein des établissements.

Ceci est vrai aussi au sein d’un groupe d’adultes. Tout ceci s’apprend, et nous voyons ici que le manque de formation des enseignants est dramatique. Nous devons en tant que citoyen, citoyenne nous inscrire dans la réalité sociale de notre époque.

Le SNUipp-FSU74 remercie Colette pour sa disponibilité et pour tout ce qu’elle nous apporte.

« A plusieurs on va moins vite, mais on va plus loin ! » proverbe africain

Pour aller plus loin :
http://www.gfen.asso.fr/fr/accueil
http://www.gfen.asso.fr/fr/presidents_du_gfen

Publications :
http://www.gfen.asso.fr/fr/historiques
http://www.gfen.asso.fr/ressources/publications

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 |

SNUipp-FSU Haute-Savoie 10, rue Guillaume-Fichet 74000 ANNECY ; Tél-Fax : 04-50-45-22-43 ; snu74@snuipp.fr